L'étiquette de composition cousue dans la couture est le seul endroit du vêtement qui ne ment jamais. Elle tient en trois lignes et elle prédit à peu près tout : comment le tissu va tomber, s'il va gratter en fin de journée, s'il tiendra vingt lavages ou trois.
Les fibres naturelles
Le coton. Il absorbe jusqu'à un quart de son poids en humidité avant de sembler mouillé, ce qui explique qu'on le supporte si bien à même la peau. Sa faiblesse est le retrait : un coton non prétraité perd 3 à 5 % à la première machine, essentiellement en longueur. C'est pour ça qu'un t-shirt neuf raccourcit avant de rétrécir en largeur. Lavez-le à 30°, séchez-le à plat, il durera des années.
Le lin. Deux à trois fois plus résistant que le coton, et le plus frais de tous parce que ses fibres creuses laissent circuler l'air. Il se froisse, et il faut l'accepter une fois pour toutes : c'est mécanique, la fibre est rigide et casse là où elle plie. Un lin qui ne se froisse pas contient forcément autre chose. Il s'assouplit à chaque lavage, un vêtement en lin est meilleur au bout de trois ans qu'au premier jour.
La soie. Thermorégulatrice, légère, elle glisse sur la peau sans accrocher. Mais elle déteste trois choses : le soleil direct, qui jaunit les fibres, la transpiration, dont les sels attaquent la protéine, et le déodorant. Une soie portée à même la peau se lave après chaque port, à l'eau froide, sans essorage.
La laine et le mérinos. La laine chauffe même mouillée, ce qu'aucune fibre synthétique ne fait aussi bien. Le mérinos, plus fin, ne gratte pas et retient très peu les odeurs : c'est le seul haut qu'on peut porter trois jours en voyage sans se poser de question. Il se lave à froid, cycle laine, et jamais au sèche-linge, où il feutre définitivement.
Les fibres artificielles et synthétiques
La viscose. Fabriquée à partir de cellulose de bois, elle imite le tombé de la soie pour une fraction du prix, et c'est la matière reine des robes fluides. Son défaut est mal connu : elle perd jusqu'à la moitié de sa résistance quand elle est mouillée. Une robe en viscose essorée à 1200 tours ressort déformée, et ça ne se rattrape pas. Lavage court, essorage minimum, séchage sur cintre.
Le polyester. Il ne rétrécit pas, ne se froisse pas, sèche vite, coûte peu. En contrepartie il ne respire pas et retient les odeurs, parce que les bactéries s'accrochent à une fibre qui n'absorbe pas l'humidité. Un polyester peut sortir de la machine en sentant encore quelque chose. Il a sa place dans une doublure, une veste de pluie ou une robe de cérémonie portée quatre heures. Beaucoup moins dans un t-shirt d'été.
L'élasthanne. Rarement seul, toujours en renfort. Entre 2 et 5 %, il donne du confort et évite les poches aux genoux. Au-delà de 8 %, le vêtement devient un gainant. Sachez qu'il se détend avec la chaleur : c'est le sèche-linge qui tue un jean stretch, pas le nombre de lavages.
Lire un mélange sans se faire avoir
Les pourcentages sont donnés dans l'ordre décroissant : le premier chiffre dicte le comportement du vêtement. Un « 70 % coton, 30 % polyester » se comporte comme un coton un peu plus résistant au froissement. Un « 70 % polyester, 30 % coton » est un polyester avec un toucher agréable, et il transpirera comme un polyester.
Deux mélanges tiennent leurs promesses. Coton-lin, qui garde la fraîcheur du lin en froissant moins, parfait pour l'été. Viscose-lin, qui donne du tombé à une matière naturellement raide. Un troisième mérite la méfiance : une liste de quatre fibres ou plus signale généralement un tissu conçu pour un prix, pas pour un usage.
Quelle matière pour quel usage
Pour une journée de chaleur, lin ou coton-lin, en coupe ample : c'est l'air qui circule entre le tissu et la peau qui rafraîchit, pas la matière seule. Une robe fluide d'été en viscose fait le même effet si elle ne colle pas.
Pour le bureau, une viscose ou un mélange coton-modal tombe bien et supporte une journée assise sans marquer les plis derrière les genoux. Pour voyager, mérinos et polyester technique se partagent le sac : l'un pour ce qui touche la peau, l'autre pour ce qui protège. Pour une soirée, la soie et le satin de viscose attrapent la lumière, mais prévoyez la doublure, ces matières collent dès qu'il fait chaud.
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Le test des trente secondes en magasin
Froissez un pan de tissu dans le poing, serrez cinq secondes, relâchez. S'il reste marqué, il se froissera sur vous toute la journée. Tirez ensuite doucement sur la couture latérale : si le tissu s'ouvre et laisse voir le fil, la couture lâchera. Enfin, regardez le tissu à contre-jour. Une trame très ouverte annonce un vêtement transparent et un tissu qui filera au premier accroc.









